lundi 28 septembre 2009

Non-dits.

Neopolitan Dreams - Lisa Mitchell

“-Vous êtes déjà là?
-Je vous attendais.
-Pour une raison particulière?
-J’ai un discours à vous faire. Asseyez-vous.
-On va pas dans l’herbe aujourd’hui?
-Après. Bon, je trouve que le dialogue a un peu de mal à se mettre en place…Entre ce qu’on a du mal à réaliser, ce qu’on a du mal à dire, et ce qui est douloureux à entendre… J’en arrive à un point où j’hésite même à vous parler.
-J’avais pas l’impression, moi…Qu’est ce qu’on a du mal à réaliser?

-Moi, je réalise que je suis une grande masochiste. Même lorsque rien, absolument rien, ne m’y force, j’arrive à trouver une raison de douter. Un hic. Il faut toujours que je trouve le hic. Le caillou dans l’engrenage, le cheveu dans la soupe. Le petit truc qui pourrait prouver que rien n’est vrai, que l’on me ment, que l’on me manipule. Ca doit être une maladie… Ca doit avoir un nom…

-La connerie, peut-être?

-Avouez quand même qu’il y a des choses auquelles il est difficile de croire. Quand tout va trop bien, on est en droit de dire que c’est trop beau. L’expression n’existe pas pour rien: “trop beau pour être vrai”. C’est bien que personne ne croit au “trop”. Nous sommes tous habitués à se contenter du “suffisament”. On se dit que c’est “assez beau”, que “bon, ça ira”. On s’y fait, on prend le peu qui nous est donné. Et on pense que c’est normal, parce que sinon, ce serait “trop”. Il suffit de regarder autour de soi. D’abord, ceux qui n’aiment pas leur travail, mais qui s’y disent “pas plus mal qu’ailleurs”. Et puis ceux qui ne sont plus tellement bien dans leur couple, mais qui ne pensent pas pouvoir trouver “mieux” ailleurs…

Alors, quand tout va bien, on a deux options ridicules: se sentir coupable ou être suspicieux. Si c’est “trop”, c’est que ce n’est pas réel. Sauf que, si l’expression était vraie, la vie serait encore plus tragique. S’il fallait toujours se contenter de ce que l’on a, en pensant que le mieux est l’ennemi du bien, on serait toujours dans la moyenne. Moyennement heureux, moyennement amoureux, moyennement vivants...

-La connerie.

-Je réalise que j’avais bêtement avalé cette expression. Je vous la reccrache, aujourd’hui. Je réalise, finalement, que je peux être dans le “trop”. Je prends le trop, je m’y habitue, je le mâche, et j’arrête de mettre des guillemets partout. Le trop existe sans les guillemets, tout seul, en plein milieu d’une phrase. Je suis trop conne de trop douter. Voilà.

-Je suis content que vous y ayez réfléchi. Mais je doute que vous arrétiez de douter. Et je n’aime pas quand vous devenez vulgaire comme moi… Même avec ce sourire magnifique, la vulgarité ne vous va pas.

-N'essayez pas de me déconcentrer avec des flagorneries. Je dois juste accepter que vous me soyez tombé dessus, ici, dans cet endroit hideux… Je ne suis pas habituée à la chance.

-Ne dîtes pas de bétises. Vous êtes la plus chanceuse de cette maison. Alors, continuez, qu’est ce qu’on a du mal à se dire?

-En fait, je ne peux pas tout vous dire. Même pas ici. Surtout pas ici. Mais je ne suis pas la seule. On parle beaucoup à tort et à travers, en laissant l’essentiel à l’intérieur. Il tourne, tourne, à m’en rendre un peu folle. Un peu bizarre. Je commence des tas de phrases sans les finir. J’ai des confidences qui me brûlent le palais, des révélations qui me chatouillent la langue, et des histoires qui se transforment en migraines à force de se promener dans ma tête.
Ca ne devrait pourtant pas être compliqué. Puisque j’ai confiance en vous… Malgré vos trahisons, vos bétises, vos gaffes et vos mauvaises fréquentations, j’ai confiance en vous. Je devrais pouvoir vous dire tout ce qui me passe par la tête.

-Saut que…?

-Sauf que… Vous n’êtes pas très bavard, vous non plus. Ca n'arrange rien. Je vous vois souvent vous mordre les lèvres, je vous vois souvent murmurer, je lis vos regards étranges. N’oubliez pas que je peux tout entendre.

-Vous êtes sûre? Pourtant vous parliez de ce qu’on a du mal à entendre.

-Evidemment… Vous croyez que c’est facile? Parfois, vous êtes si maladroit… Vous me faîtes beaucoup de peine, sans le vouloir. Dès que je m’approche un peu, dès que je crois à ce qui est trop beau, vous m’assassinez avec des mots. Des phrases futiles, des remarques stupides, mais qu’est ce que vous voulez? Je suis un peu folle. Une vieille, très vieille folle. Il suffit d’un rien pour que je craigne que vous ne changiez d’avis.

-Est ce que j’ai l’air de changer d’avis?

-Comment le saurais-je? Il y a tout ce que vous ne voyez pas encore chez moi, ce que vous ne réalisez pas, ce que vous ne me dites pas, ce que vous m’avez mal dit. J’essaie de vous faire confiance, mais vous ne m’aidez pas. Ce n'est pas votre vulgarité, ou vos drôles d'attitudes, c'est votre silence qui ne m'aide pas.

-Ca fait longtemps que vous êtes ici. Ca fait longtemps que vous me parlez. Et je me rappelle d’une chose importante: vous les avez connus, les bavards. Vous avez bu leurs paroles. Vous y avez cru, mais vous vous êtes trompée.

-Je sais. J’ai justement pensé à ça la nuit dernière. Je décide que vos actes me suffisent. Si vous voulez, vous pouvez même arréter de parler complètement.

-Je risque de m’ennuyer.

-Je vous dis juste que je vais essayer de m’habituer à un minimum de silence. Je ne vous demande plus le dialogue, je ne vous demande plus rien. Vous me donnez déjà “trop”. Et moi j’aime les monologues. J’aime être ici. Je pense rester, même. Mourir ici, s’il faut. Parce que j’ai douté toute ma vie, je me suis contentée du peu toute ma vie, je me suis gâchée la vie toute seule. Vous, vous êtes mon cheveu sur la soupe, mon coup de chance.

-Ah, ben quand vous parlez, vous en avez des jolies choses à dire. J’en suis presque géné.

-Habituez-vous. Je peux vous le dire, je suis une vieille folle satisfaite. J’aurais même aimé vous connaître avant, pour profiter de vous plus longtemps. J’aime ne rien faire avec vous, et rester allongée dans l’herbe à attendre qu’il fasse trop froid. J’aime me dire que vous mentez, et vous croire quand même. J’aime douter de vous, plutôt que du reste. Et j’aime pouvoir vous dire toutes ces absurdités, malgré mon âge et mon passé, en y croyant, et en voyant que vous ne vous moquez pas. J’aime pouvoir faire ces monologues. Et j’aime attendre des réponses qui ne viendront pas…

-...

-Vous ne dîtes rien?

-Ah, ben, faut savoir ce que vous voulez, hein."

mardi 8 septembre 2009

Apparitions



Clarika-Escape Lane


Je pourrais toujours faire comme si vous n’étiez pas là… Je pourrais sourire jusqu’à ce que ça passe. Je pourrais mordre mon oreiller, me passer en boucle des pensées rassurantes, fermer les yeux très fort pour oublier votre présence… Seulement, on ne passe pas d’une vie à l’autre sans emporter avec soi quelques détails.

Alors, je vous regarde, je vous lance des graviers dans la gueule. Evidemment, ils passent à travers vos vieilles silhouettes. J’observe celui qui vous combat, celui qui n’a aucune chance, et je trouve ça dommage. Je ne sais pas trop quoi faire, en fait. Vous avez toujours gagné, alors, je me sens toute petite face à vous. On ne vous fait pas passer dans l’au-delà, c’est impossible. Vous m’avez toujours suivie d’une vie à l’autre, quels que soient les détails. Des spectres persistants… Des fantômes intouchables.

Oui, j’en crève un peu. Mais après tout, je ne suis plus cette fille aux cheveux dégoulinants, plus cette fille aux joues trempées, plus cette larve que vous vous amusiez à noyer. Vous, vous n’avez pas changé. Et c’est tellement con. Oui, j’en crève un peu. Les autres se débattent pour moi, essaient d’éponger les flaques que vous aviez laissé un peu partout. Il faudrait vous effacer, vous envoyer directement ailleurs. En enfer ou au paradis, on s’en fout. Il faut vous envoyer directement loin d’ici.

Mes vieux fantômes… On s’attache vite aux habitudes, aussi mauvaises soient-elles. Allez, on fera comme si vous ne vous cachiez pas ici. Vous n’êtes plus dans l’alcool, plus dans mon lit, plus sur les cheveux et les fesses des autres, plus dans les photos ratées, plus dans ma tête. Surtout, plus dans ma tête. Au fond, je n’ai plus de quoi vous nourrir.

Oui, j’ai déjà traversé trop de vies. Je vous ai cueilli sur la route,et je vous ai gardés. Après tout, vous étiez la seule constante de mon existence. Mais, vous voyez, cette vie-ci pourrait bien être moins macabre. Celle-ci, je l’ai méritée. Et peut-être qu’à la prochaine mort, j’arriverais à emporter de nouvelles constantes avec moi. Peut-être que je peux entraîner d’autres choses que des ectoplasmes, d’une vie à une autre… J’en doute, mais j’ai sous les yeux ceux qui vous exorcisent.

Voilà, j’en crève un peu. Mais je vois au-delà de votre au-delà. Je me vois, le coeur et la pensée asséchés par le temps et par le reste. Je n’arrive plus à pleurer. Ca aussi, c’est dommage. Je ne m’attache plus, par peur de me tâcher… Sauf que votre eau coule sous les ponts, et ne me touche plus.

Voilà, je rêve un peu. Bientôt, vous ne serez que des souvenirs pathétiques. Et puis… S’il faut être sincère avant de vous enterrer, soyons sincère.

Les vieux fantômes, ça s’use, et c’est tant mieux. On peut vivre les nouvelles vies en faisant comme si celles d’avant ne nous avaient pas vraiment marqué. On peut être surpris en chialant pour de jolies choses. C’est ça, qui vous tuera: les jolies choses. Ce soir, je pleure. Je ne pleure pas pour vos funérailles minables, je pleure pour les jolies choses. Celles que l’on peut toucher, celles qui ne s’envoleront pas, celles qui ne traverseront pas les murs. Je pleure parce que je suis toute neuve, parce que je ne suis plus asséchée par les tristesses. Je pleure parce que je suis…quoi? N’ayez pas peur de le lire, si je n’ai pas peur de l’écrire: je pleure parce que je suis heureuse. Heureuse, sans crainte de la prochaine mort. Heureuse, parce que je sais à quoi m’attendre, à quoi m’en tenir.

Je suis légère, de plus en plus légère. Si vous avez raison, tant pis. Je sais que derrière chaque vie, une autre m’attend. Je sais que tout va au delà, bien au delà de ça. Et je sais que vous êtes en train de vous faire massacrer.

Oui, vous avez toujours un pouvoir sur moi. Je doute toujours de tout, de moi, de lui, des autres. Mais je m’en fous. Mes vieux fantômes sont de vieilles névroses, de vieilles trahisons, de vieilles erreurs, qui ne m’ont jamais tuée pour de bon. Je suis une revenante qui ne fera pas les mêmes bêtises. Je suis une amoureuse qui ferme sa gueule, une amie qui veille, une fille qui sourit en pleurant. Une grande chanceuse qui avance sans se poser les questions ridicules. Une éternelle naïve. Et j’adore ça. C’est ça qui vous tue, qui me fait vivre, qui me fait pleurer, qui me fait sourire.

Je suis légère, bien plus légère que vous… Comment espérez-vous me toucher?

dimanche 7 juin 2009

On the road again.





"-On
va
rouler
encore
longtemps,
là?
-J’en sais rien.
-Comment ça "t’en sais rien"?
-J’arrêterai de rouler quand j’aurai trouvé un endroit qui vaut la peine qu’on s’arrête de rouler.
-Quelle connerie! Toi et tes idées romantiques, j’te jure hein.
-T’as envie que nous aussi on devienne un couple qui regarde le téléfilm de France 3 en se donnant la main?
-On n’est pas obligés de prendre la voiture dès que t’as une angoisse existentielle sur notre routine de couple...
-Ben si.
-Et on est obligés d’écouter la même musique à chaque fois, aussi?
-Oui.
-T’es chiant. C’est toi qui la crée, la routine, avec ton road movie, ta B.O., et tout ce rituel.
-La musique, ça me rappelle que je suis amoureux de toi.
-T’as besoin qu’on te le rappelle?
-Non, mais...Ah, merde. T’es conne, tu sais bien ce que je veux dire, même si j'le dis mal. C’est la musique qui m’a fait réaliser que je t'aimais. C’est la musique qui m’a aidé à t’avoir, et quand je pense à nos premières fois, j’entends cette musique là. Précisément celle là. Avec toi qui chante dessus.
-J’arrive pas à savoir à partir de quoi le romantisme devient ridicule… ya une ligne, une toute petite ligne. D’un côté on est romantique, de l’autre on est ridicule. Et tu vois, toi...
-Me dis pas de quel côté je suis.
-Bon, allez… Tu veux que je chante?
-Non, pas maintenant. Quand on sera arrivés.




-Tu veux que je te dise un truc que je t’ai jamais dit? Pour participer à ta crise romantico-nostalgique.
-Quoi?
-J’vais te raconter ce que j’ai pensé, le matin après cette grande soirée. La grande soirée où on s’est embrassés pour la première fois.
-On en a déjà parlé, non?
-Pas vraiment, pas en mes termes. Tu veux, alors?
-Vas-y.
-Alors...Je me remettais de ma gueule de bois. J’étais dans le tramway, avec un mal de tête pas possible et les yeux qui larmoyaient de fatigue. J’écoutais de la musique. Et je me disais que j’avais fait une belle connerie. Vraiment belle. Vraiment conne. Que j’avais gâché notre amitié, que j’avais foutu en l’air toutes les soirées à venir. J’avais des flashs où je voyais ton regard, ton regard qui gueulait que t’étais déjà amoureux, terriblement amoureux. J’entendais en boucle tes compliments, tes phrases à deux balles… J’arrêtais pas de secouer la tête pour faire sortir ces souvenirs de moi, c’était compulsif. Je pensais à plein de trucs: ton visage qui s’approchait, mes lèvres qui cédaient, nos langues, ta main sur ma nuque… Je revivais la scène, et je détestais ça. Un truc aussi bête et trivial qu’un baiser m’écoeurait comme pas possible, de moi, de toi, et même de l'alcool.

-Elle est géniale ton histoire. T’es en train de dire que je te dégoutais?

-Oui, un peu. J’ai toujours été plus érotique que romantique. Et toi, tu ne m’attirais absolument pas. T’étais pas beau, pas spécialement mystérieux, pas du tout le genre de mec qui fait rêver. En plus, j’étais à un stade où je voulais découvrir un maximum de choses, tester mon pouvoir de séduction, me dégoter un artiste, parader avec lui dans les bars et les hôtels du monde entier… Dis pas le contraire, on voyait tout de suite que j’avais des exigences et des espoirs précis. Toi, tu correspondais pas au tableau. Donc, je m’en voulais. Dans le tram, je cherchais des astuces et des mots qui te feraient comprendre gentiment ce que je ressentais.

-C’est ce que t'essaies de faire maintenant?

-Mais non… Quand on s’est revus, t'as fait comme si il s’était rien passé. Pas de discours, plus de regard bruyant. T’étais mon pote, le même, celui qui avait jamais approché ma bouche.

-Ben oui, forcément, je…

-Laisse-moi raconter! Le truc bizarre, c'est que les souvenirs étaient toujours là, et qu'ils m’obsédaient. J’arrêtais pas de penser à ce foutu baiser. J’y pensais plus avec dégoût, mais avec envie. Je rêvais d'un bis-repetitia, et je savais pas pourquoi. Alors, pour voir, j’ai saisi la première occasion de recommencer. C’était encore mieux que dans ma tête. La deuxième fois, j’aurais pu te mordre, te griffer, te faire l’amour sur le trottoir tellement tu me rendais folle… T’imagines? Juste en m’embrassant, tu déchainais une passion bizarre. Un truc nouveau, dans mon esprit et dans mon corps… Je comprenais pas. Fatalement, je me suis lancée dans un cercle vicieux. Je t’embrassais, je partais, je culpabilisais, je te voulais, je revenais…Je sais même plus combien de temps ça a duré cette indécision cyclique.

-Plusieurs mois.

-Peut-être. En tout cas, c’était une forme d'addiction. Je le cachais aux autres, parce que je voulais pas qu’on soit un couple, un "duo officiel", une institution qui appitoie, agace, amuse les gens. Je t’expliquais rien, parce que je ne voulais pas en parler. Mais je ne pouvais pas me contrôler, j’avais besoin de toi. Envie de toi sans te vouloir. (Je sais que t'y penses, mais si tu me chantes du Peter et Sloane maintenant, j'tarrache les testicules). Envie de toi, donc. C’était très perturbant.

-Bon, et alors? Tu me racontes ton dilemme de merde qui prouve que tu voulais pas être avec moi et je suis censé trouver ça romantique?

-Oui, justement. Malgré ta drôle de tête, ton rire ridicule, tes gros yeux et tes cheveux gras, t’as réussi à devenir indispensable. En un baiser. J’y pouvais rien. Tu m’as accrochée à toi, et pas juste à cause des hormones. Avant tout ça, j'adorais déjà ce que tu étais. Il ne me manquait que l’attirance pour pouvoir t’aimer. Elle est arrivée toute seule, très forte, irrésistible, quasi-surnaturelle. D’une minute à une autre, elle est apparue. En un baiser, juste en un baiser, j’ai été forcée de t'aimer, et de faire avec.

-Le truc du crapaud qui devient prince, en gros.

-C’est un peu ça. Et je trouve que cet étrange retournement, ce besoin sorti de nulle part, c’est la preuve la plus flagrante que, oui, on devait être faits pour être ensemble depuis le début.

-Arrête. Tu crois pas aux âmes soeurs. Fais pas semblant pour me faire plaisir.

-Non, pas du tout. Mais de temps en temps, j’aime bien y croire un petit peu. Ca me rassure, ça me donne l’impression d’être au bon endroit au bon moment, d’être à la place que l’on m’avait préparée. D’avoir au moins réussi une partie de ma vie. J’aime bien cette idée. J’aime pouvoir penser, de temps en temps, qu’être avec toi, c’est avoir accompli quelque chose. Et que ce quelque chose a été décidé par une existence quelconque, une bonne étoile, un Dieu, un ange-gardien, je m'en fous. Un bonhomme qui veillerait sur moi. C'est pas romantique, ça? Triste, mais romantique.





-On peut arrêter de rouler maintenant? "

Jon Brion- Strings that tie to you.

mardi 19 mai 2009

Les mots changent.



Musique-musique-musique...
Mes cheveux repoussent…

Il y a quelques mois, ils recouvraient le sol de mon appartement. J’ai vu ma chevelure se réduire de moitié, très vite. Aujourd’hui, elle repousse: des tas de petits cheveux ont fait leur apparition, restituant l’apparence que je me connaissais.

Ca vous paraît ridicule comme sujet?

Pourtant, on utilise beaucoup les cheveux dans les métaphores et les expressions: “tenir à un cheveu”, “s’arracher les cheveux”, “couper les cheveux en quatre”… Bon, je ne vais pas accentuer le ridicule. C’est quand même dingue la vitesse avec laquelle ils repoussent.

Voilà, j’ai appris aujourd’hui que je ne bougerai pas de cet appartement, de cette ville, de cette vie avant un petit moment. J’ai longtemps cru qu’un départ était la seule solution pour que ma vie se reconstruise, pour que mes cheveux repoussent, pour que la “vraie Emily” ressuscite.

Drôle d’idée, finalement. Je ne sais pas si j’envisageais ce changement comme une fuite en avant ou comme une fuite tout court. Une fin en soi. Un début en soi.

Voilà, je n’ai même pas eu besoin de ça. Je ne bouge pas de là, mais je ne devrais pas feuilleter les catalogues de perruques avant longtemps. Pour l’instant, les changements sont ailleurs.

Je suis enfin débarrassée de ce qui dénudait mon crâne. J’ai détruit les blocages, ouvert les portes sur des labyrinthes qui n'ont rien d'inquiétant. Les nouvelles aventures d’Emily Crumble sont joyeuses, saines, vivifiantes, sûres, entières. Je peux enfin avoir confiance en l’avenir, quel qu’il soit. Ca paraît trop facile? Ca l’est. Le tout grâce à moi, et à...

Les risques sont toujours présents, mais une nouvelle maladie, de nouvelles trahisons, de nouvelles conneries ou de nouveaux drames ne changeront rien.

Sur le papier, je n’ai pas de bonnes grandes raisons de rester ici: pas de contrat de mariage, pas de grands projets, pas de maison en construction. J’ai bien mieux que ça: des relations sans divorces à anticiper, des projets concrets, des bâtisses aux bases solides...
J’ai tous ceux qui, aujourd’hui, ont regardé les minutes défiler avec moi. Ceux qui ne me laissent jamais seule, qu’ils soient là ou non. Ceux qui m’ont souri à l’heure pile où mon sort s’était jeté par la fenêtre, ou un peu avant, ou un peu après. Ceux qui me gardent une place dans leurs coins.

Ceci n’est pas une déclaration d’amour, surtout pas. Les mots, dans le fond, n’ont rien à voir là-dedans. On pourrait disserter des heures sur le sujet: dialoguer sur la profondeur des sentiments, sur la confiance, promettre des éternités, des sincérités, des fidélités. On pourrait en faire des tonnes dans des discours passionnés. Le fait est que, justement, ces discours sont toujours un peu suspects. Pourquoi démontrer dans une déclaration ce qui se montre dans la vie? J’en ai vu, des êtres qui postillonnaient leur amour à qui mieux mieux, faute de le prouver. Avec le recul, il y a de quoi douter de ce genre d’étalage verbal.

Je ne m’étendrai donc pas trop sur ce qui me retient ici. Ca se sait sans banderoles et sans rubans. Ici, on dit les choses une fois de temps en temps, sans se justifier, par impulsion. Et on se les montre bien plus souvent.


J’avance, les cheveux au vent, loin de mes fards et de mes fardeaux. Il faut du temps pour repousser. Quand c’est fait…Une vraie foule sentimentale vous offre des Tics, des semaines des quatre jeudis, des évasions, des pâtes, des échappatoires et des cheveux.

Non, je ne bouge pas d’ici.
Non, je ne sais pas où je vais. Je sais comment.
Oui, c'est ça, le truc avec un grand B.
"Elle en a de la chance, la pauvre geignarde. Elle se ridiculise dans un texte digne de Chantal Goya sous amphétamines, mais elle a de la chance."

Une dernière chose, et je retourne à mes moutons ailés.

J’ai trouvé l’équilibre bordélique. Je tiens debout sans rester immobile. Je suis indépendante mais entourée, je perds un projet mais je m’y retrouve, j’échoue mais je recommence. Des tas de paradoxes s’accumulent, des aventures s’enchaînent, des expériences se décodent.

Il fallait juste que j'ose me voir, pathétiquement chauve dans un reflet, que j'arrête de me gaver d’illusions, que je cherche au bon endroit. Désormais, j'avance. Sans fuir.

Capillairement vôtre,
Feeling better- The teenagers-

mardi 12 mai 2009

Fin de rêve.


Hier, j’ai rêvé que je te tuais.

Nous étions dans une pièce aux murs gris, une sorte de garage vide. Je sortais un briquet, j’allumais la manche de ta robe. Le feu se propageait très vite. Surprise, tu as à peine crié, avant de devenir un petit tas de cendres

Un rêve, ça change tout. Tu n’étais pas tout à fait toi, et je n’étais pas tout à fait moi. Comme dans tous les rêves, certains actes absurdes, ridicules ou ignobles paraissaient tout à fait acceptables. J’avais donc le droit de te tuer, et de le faire sans haine. Dans ce monde-là, c’était normal.

Dans ce monde-là, j’étais mon propre sosie, en un peu plus belle, en un peu plus forte, en un peu plus folle, en beaucoup plus sincère. D'une sincérité poussée aux extrêmes. Je marchais dans des rues bleues, à la recherche de mes proches. Je portais des talons très hauts, mais je ne trébuchais pas. J’étais seule et triste, mais je n’avais pas envie de pleurer. Je me sentais comme chez moi, au fond. On finit par se foutre d’être seul, quand on est chez soi.

Je me suis assise sur un muret. Plusieurs personnes sont venues me parler. Certains voulaient que je pardonne leurs erreurs, d’autres me demandaient l’heure… Quelques uns restaient devant moi sans rien dire, mais je connaissais suffisamment leurs visages pour y lire des discours.

J’ai discuté, comme ça, avec toute ma vie. J’ai confronté des inconsciences et des remords, sereinement.

Peu après, le ciel a changé. Je crois que le nuit tombait, en quelque sorte. Le bleu s'est tiré pour faire place au violet. J’ai voulu trouver un dernier fantôme, celui qui me manquait, je suis tombée sur toi. Tu souriais, pour cacher ta peur. Tu miaulais ton hypocrisie.

Nous sommes rentrées dans cette pièce. Tes cheveux étaient un peu plus longs que dans mon miroir. Je crois que tu m’as attendue longtemps. C’est peut-être cette attente qui avait nourri ta peur.

Tu as voulu te plaindre, j’ai refusé d’écouter une fois de plus tes misères trop populaires. Tu m’as proposé un verre, je t’ai laissé boire seule. Et puis tu as sorti tes armes: un album photos, un rasoir, un C.D., la tour Eiffel, un radiateur, des aiguilles à tricoter. Tu étais fière, jusqu'à ce que je te fasse comprendre que ce n'était pas une braderie.

Alors, tu t’es avancée. Trop.

Tu portais une robe bleue, très jolie, et des tas de colliers. Un pour chaque fille et chaque femme avalée, je crois. Tu as incliné la tête avec une expression de marionnette abandonnée. Je me suis approchée, ai caressé tes cheveux noirs, embrassé tes pommettes, allumé ta manche… Tu es morte.

Ne te méprends pas, je sais que tu reviendras de temps à autre, que ce soit dans mes rêves ou dans les gestes d’une inconnue. Je te connais, tu es bien plus coriace que tu en as l’air. Après tout, tu es ma chair. Je n’irai pas jusqu’à me brûler pour t’éteindre.

Cela dit, au réveil, j’étais bien plus légère. Tu prenais tellement de place, avec ta manie d’en faire des tonnes. J’aimerais pouvoir dire que tu me manqueras... Ce serait nous mentir.

Aujourd'hui, le miroir était surpris de ne pas te voir, mais, tu sais quoi? Je lui suffis.

Mademoiselle ma siamoise, je te salue d’en bas. Je t’offre un épitaphe, au nom de nos vieilles bagarres. Tu étais la pire et la plus subtile des gangrènes. Tu étais la plus fidèle des compagnes. Tu as gâché mon rapport au monde, tu as pourri mes pensées, mais tu le faisais avec talent. Carbonisée, tu entraînes tes géniteurs dans l'au-delà. Merci. Vous encombriez mes rêves.

(Lady Kill:You're alone- In my back-2008)